• La Capoeira Martinique Ypiranga De Pastinha



     

    Depuis la création du SEL Centre (Système d'échange Local) dont je vous invite à visiter le site ici, j'avais fait la connaissance de Jefferson dit "Téo" qui représente l'association Capoeira Martinique Ypiranga De Pastinha. 

     

    Sa présence, son message et le sens du partage de sa culture m'ont donné envie de vous le présenter. 

    Le Brésil a beaucoup à nous apprendre, enrichissons nous de ce pays, de cette culture commune, de cette sagesse d'être. L'humain au centre, une fierté d'être...

     

     

     

    Bonjour Téo, peux-tu nous parler de toi, ce qui t’a amené en Martinique ?

     

    Je m’appelle Da Silva (de mon père) et Oliveira (de ma mère). Mon prénom c’est Jefferson. Les gens m’appelle aussi Téo. C’est le prénom avec lequel mes grands-parents m’appelaient, parce que mon papy avait du mal à prononcer Jefferson. « C’est Téo, c’est beaucoup plus simple ».

    Sinon, les gens m’appellent Jeff, Mr Capoera, ou le Brésilien…

     

     

    Ça fait plus de 10 ans que j’habite ici en Martinique. J’ai essayé de vivre en Métropole. Je faisais des aller-retours là-bas. Mais, il faisait trop froid. J’ai dit à ma compagne « je vais retourner au Brésil, parce qu’ici c’est trop galère, je déprime… ». Elle m’a parlé de la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane. Ce n’est pas très loin du Brésil, on peut aller habiter là-bas. Il y avait une chanson de carnaval au Brésil qui parle de Martinique. Alors on est venu habiter ici.

     

    J’ai fait une Licence en Développement et protection du patrimoine avec spécialisation en tourisme.

    Comme je viens d’une filière de tourisme au Brésil, je suis dans la Caraïbe, je vais profiter pour renforcer la liaison entre le Brésil et la Martinique.

    J’ai découvert qu’il n’y avait pas de liaison aérienne, par bateau. C’est très compliqué de venir en Martinique.

    Ensuite, j’ai travaillé à l’éducation Nationale, j’ai jonglé entre des postes d’enseignant et d’assistant en langue portugaise. Je menais l’association en parallèle. La Capoera n’est pas pour moi un loisirs ou un sport, c’est un besoin. Je chante, je joue des instruments aussi… Faire la Capoera « badia », ça veut dire trainer, c’est l’art du vagabond. C’est « prendre son pied ».

     

     

     

    J’ai ensuite fait confiance à la Capoera et j’ai poursuivi comme éducateur sportif en mettant l’association comme établissement sportif. On a commencé à travailler dans le cadre de la politique de la ville.

    C’est la même philosophie que l’association là-bas au Brésil. Travailler dans le berceau de la culture.

     

    Ici, nous sommes à Trenelle-citron. Au début, les gens sont venus de la campagne, c’était un exode rural. Ils sont venus avec la culture du Morne.

     

     

     

    Les lieux de culture ici, le parc Aimé Césaire, l’Atrium sont des lieux payants, même chic. Les gens d’ici ne vont peut-être jamais pouvoir y aller.

    On a décidé d’amener la Capoera aux gens de droit. En faisant de la Capoera, on amène l’enfant à aller vers le Brésil. Dans cet imaginaire, il arrive au Brésil, il va voir que là-bas, on mange les mêmes haricots rouges qu’ici, le même cochon, l’histoire, la musique… On a le même héritage. Le Congo par exemple. On va être entouré de la même végétation.

    Ce qui fait qu’on va poser la question « Pourquoi les Brésiliens sont toujours fiers d’être Brésilien, quelques soient les conditions ». Ce parallèle amène l’enfant à dire « Je dois être fier d’être Martiniquais aussi. Si les Brésiliens ils ont la même chose que nous, ils sont fiers. Pourquoi est-ce que nous, on est moins fiers".

     

    La Capoera, c’est de la musique, du sport et de l’histoire. Quand on étudie la Capoera, on étudie l’histoire du peuple noir. Ça permet au Martiniquais de se réapproprier son passé.

    Il va pouvoir avoir des racines plus profondes. Il va se localiser dans le temps et dans l’espace pour pouvoir faire une projection à long terme.

     

    Nous avons aussi le jardin partagé. Le but n’est pas de faire de l’agriculture mais de la sensibilisation. On est en train d’identifier le potentiel multiplicateur.

     

     

    C’est à dire que l’association va inciter à rentrer dans la culture, le sport et « toucher l’autre personne ». Ils vont être formés culturellement et professionnellement. Si le jeune a envie de faire de la patisserie, on va l’aider à accéder à cette qualification.

     

    La Capoera, c’est la philosophie de la vie. Chanter la Capoera, c’est utiliser l’émotion. Même si les gens ne comprennent pas la langue, ils vont avoir des frissons, il y a le langage du tambour… C’est jouer dans la petite ronde pour se préparer à jouer dans la grande ronde (de la vie). Il y a des ralentis. On s’approche, on s’éloigne de l’autre. Ça prépare les gens à regarder et échanger avec l’autre au même niveau. On va pas regarder avec un air supérieur mais on ne va pas non plus baisser la tête.

    On joue avec les apparences, on fait semblant, on joue avec les émotions de l’autre. Je vais donner l’impression que j’ai peur de l’autre pour qu’il baisse la garde et ensuite je vais m’amuser…

     

    Tout en ne portant pas les coups. C’est mettre l’autre en échec, ce qui va lui permettre de rebondir et inversement. On va évoluer ensemble. A l’origine on résistait à un système oppresseur, la colonisation. Aujourd’hui, on se bat contre la colonisation moderne, des consommateurs. On est en train de mettre en place des citoyens conscients. C’est le but profond de notre association.

     

     

    De quoi les enfants ont le plus besoin, pour toi ?

     

    Ils ont besoin de discipline, mais pas une discipline réactionnaire comme on voit.

    Il y a une expression chez nous qui dit « si les cris valaient la peine, on ne mangerait pas de cochon à Noël ».

    Il y a une façon de s’habiller, il y a des choses à faire, mais on n’est pas dans un centre de concentration dans lequel on doit formater tout le monde. Chaque individu a sa façon de fonctionner. Cette agressivité vers l’enfant va générer de l’agressivité à nouveau. Si la violence était une preuve de réussite, la Terre serait un paradis. Ce n’est pas le cas…

    Il faut donner des limites à l’enfant. Il y a des conversations qu’il ne doit pas entendre, des choses qu’il ne doit pas voir. Il faut lui donner de l’amour et du temps. Lui faire faire des activités.

     

    Pour l’école, pourquoi rester dans une salle enfermée quand on peut être dehors. De la même manière qu’on raconte un conte créole, on pourrait donner un cours d’histoire, de géographie, de français.

     

    Qu’est-ce que le Brésil a à nous apporter au niveau culturel ?

     

    Lorsqu’on me dit « Vous faites beaucoup de choses pour le pays ». Pour moi, le pays, la Martinique c’est comme mon quartier. La culture brésilienne se rapproche beaucoup de la culture de la campagne.

    Quand le cyclone Dean est passé. On a vu des gens passer chez les voisins pour voir s’il y avait besoin d’un coup de main. On était 4 ou 5 avec un coutelas. Ça fait vivre « J’ai besoin de l’autre pour exister ».

     

    On apporte la solidarité, le vivre ensemble.

    L’indifférence serait quelque chose d’illégal, d’immoral.

     

    Il faudrait commencer à assumer les choses et ne pas chercher à renvoyer la faute à quelqu’un d’autre.

    Se dire « je me suis coupé la main et pas le couteau a coupé ma main ».

    Assumer notre famille, nos racines, que personne n’est parfait… On avancerait dans la bonne direction.

     

    Que peux-tu nous dire sur la culture afro-brésilienne ?

    Des 5 noirs mis en esclavage dans le Nouveau Monde, 3 passaient par Rio de Janeiro. On parle d’esclavage aux Etats-Unis, mais le plus grand pays esclavagiste c’était le Brésil.

     

    Lula est allé en Afrique pour demander pardon aux Africains. Ce n’étaient pas lui, c’étaient les Portugais, mais il a cet héritage. La religion afro-brésilienne qu’on appelle le Candomblé, en Haïti, on l’appelle le Vaudou, à Cuba, la Santeria. Ici en Martinique, on parle de Quimboit, mais c’est toujours associé au négatif, c’est dommage.

    L’énergie, il n’y a pas de bien, il n’y a pas de mal, c’est l’intention que tu y mets, c’est toi qui mets la force…

     

    On ne va pas se voir comme un pêcheur et on ne va pas aller dans un bâtiment construit par les hommes et prier quelqu’un qui est sur une croix.

    On va aller dans une cascade pour aller remercier l’eau douce, sentir cette brise. On va aller la foret pour aller remercier la nature en elle-même. On va regarder la lune… On va regarder le lever du soleil, le coucher du soleil, les étoiles… On va être en communion avec les éléments : l’air, l’eau, le feu, l’astrologie, le cycle de la vie…

    On se sent moins coupable, ça nous permet d’avancer ensemble.

     

    Entre le 20 et le 27 novembre, nous organisons la semaine de la conscience noire sur la Savane à Fort-de-France. Des Brésiliens vont venir. Notamment pour échanger avec le damier, le Bélè, avec les groupes de Carnaval.

     

     

    Le thème, c’est l’économie sociale et solidaire. C’est la pratique de ça.

    On ne va pas changer le monde derrière un bureau. Ce sont les actions qui vont faire la différence.

    Il y aura des films, des débats, des ateliers.

    Des projections auront lieu sur la Savane, la Place des Terre-Sainville et à Citron. La réappropriation de l’espace public, participatif, et pour recevoir. La richesse c’est l’échange entre personnes de milieux sociaux, de religions, de quartiers différents…

     

    La Capoeira Martinique Ypiranga De Pastinha

     

    Depuis quelques années, on a ciblé des établissements scolaires :

    L’école de Citron, des Terre-Sainville, Ravine Bouillé.

    Des maisons de quartier : Citron, Haut du port.

    Les collèges Julia Nicolas et Aimé Césaire.

    Etre dans l’école et dans la place publique.

     

    Dans le jardin partagé, on a décidé de mettre un espace couvert, pour les accueillr.

     

    Le vendredi après-midi pour faire un peu de jardinage. Et de l’informatique.

    Décembre : une des bénévoles ramène un piano électrique, elle va donner des cours gratuits.

    Une personne viendra faire une permanence pour aide administrative.

     

    Avez-vous des besoins particuliers? 

    On a besoin d’ordinateurs, d’outils pour le jardinage, de gens extérieurs aux quartier pour créer un équilibre sur la balance, pour permettre l’échange. Donner et recevoir.

    On est ouvert aux idées. C’est un jardin expérimental. Un Quilombo en portugais est un village de Neg marrons. Cela permet une autonomie des idées. Pouvoir réfléchir de A à Z et avoir moins de références de la société modernes, comme les gens faisaient auparavant.

     

     

    Vous pouvez trouver la page Facebook de l'association

    Et contacter Téo par mail: teoangoleiro@gmail.com

     

     

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